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Manifestation à La Paz, samedi 15 décembre 2007, pour soutenir la réforme de la Constitution du président
Evo Morales.
eux policiers protègent nonchalamment l'entrée de la Confédération des peuples indigènes de
Bolivie (Cidob), Villa no 1 de Mayo, un quartier de la périphérie de Santa Cruz de la Sierra. Loin du centre-ville, la municipalité ne se soucie guère de goudronner les rues. A chaque
averse tropicale, le passage devient impraticable. Le siège du Cidob est néanmoins spacieux et bien bâti, avec un immense patio où des jeunes Indiennes allaitent leur enfant pendant que des
garçons jouent au football. L'ensemble, à la fois bureaux et lieu d'hébergement, a été financé par le gazoduc Bolivie-Brésil en 1999, rappelle une plaque sur le mur.
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Son nom figure dans une liste de "traîtres et ennemis à abattre" dressée par l'extrême droite de Santa Cruz. Et, pourtant, M. Chavez pense que "l'autonomie indigène est tout à fait compatible avec l'autonomie départementale" réclamée par l'opinion de Santa Cruz et de trois autres départements, Tarija, Beni et Pando.
L'Assemblée constituante a adopté, dans des conditions controversées, des droits nouveaux pour les peuples indigènes, dont celui de "se gouverner eux-mêmes". Cartes à l'appui, le président du Cidob pointe les "terres communautaires d'origine", c'est-à-dire les territoires indiens déjà délimités, et insiste : "Nous n'empiétons ni sur les propriétés privées ni sur les réserves forestières."
Au Comité civique pro-Santa Cruz, Carlos Dabdoub, médecin d'origine libanaise, est d'accord avec M. Chavez sur la compatibilité entre l'autonomie des Indiens et l'autonomie du département. A la tête de l'opposition au président Morales, le Comité civique regroupe les forces vives de la métropole. Son siège se trouve dans un quartier résidentiel, où les rues sont goudronnées. Passée en un demi-siècle de simple bourgade à une ville de 1,5 million d'habitants, la population de Santa Cruz connaît la valeur symbolique et pratique de l'asphalte urbain.
"Le problème est l'articulation avec les autres niveaux d'autonomie, la municipale, déjà existante, et la provinciale et régionale, que la nouvelle Constitution votée par les partisans du président Morales prétend instaurer, précise M. Dabdoub. Cinq niveaux d'autonomie, c'est trop." En outre, le texte, qui doit être soumis à un référendum en 2008, menacerait la propriété privée, car il limite l'extension des propriétés rurales et leur exige "une fonction sociale".
Selon Antonio Soria Galvarro, "le conflit sur la terre explique l'opposition de Santa Cruz au gouvernement Morales". L'Observatoire de la révolution agraire partage avec la fondation Tierra un petit appartement au centre-ville. Dotées d'équipements modernes, ces organisations non gouvernementales (ONG) bénéficient d'aides qui leur permettent de mener de front recherche et expertise.
A en croire M. Soria, 391 propriétés dépassent les 10 000 hectares dans ce département plus grand que l'Allemagne. La plupart sont consacrées à l'élevage. "Je n'y crois pas beaucoup", avoue-t-il, en évoquant les "vaches touristes" trimballées d'un domaine à l'autre pour justifier qu'ils servent bien au pâturage.
M. Soria estime toutefois qu'aucune expropriation de terres privées ne serait nécessaire, d'autant que la pression sociale est quasi inexistante. Le Mouvement des paysans sans terre a suspendu toute occupation pour s'en remettre entièrement au gouvernement.
"La réforme agraire a progressé davantage avant Evo Morales qu'après", renchérit Carlos Hugo Molina, ancien préfet centriste de Santa Cruz, désormais à la tête d'une ONG, le Centre pour la participation et le développement humain durable (Cepad). En dépit de l'affrontement politique entre le gouvernement de gauche et les départements acquis à la droite, "rien n'empêche un accord négocié entre les deux parties", assure-t-il.
Alors, comment expliquer les rumeurs récurrentes de confrontations violentes, voire de guerre civile ? "L'information équilibrée a été victime de la polarisation", affirme M. Molina. "Les médias n'ont pas évité la tentation partisane", acquiesce Tuffy Aré Vazquez, rédacteur en chef à El Deber, le principal quotidien de la région.
Aux soirées huppées du Country Club, on joue à se faire peur, raconte Antonia Sandez, directrice de l'Alliance française. A l'entendre, la bourgeoisie de Santa Cruz est typiquement une classe de "nouveaux riches".
Rien à voir avec l'oligarchie terrienne traditionnelle d'autres pays d'Amérique latine. La réforme agraire promulguée par la révolution nationaliste de 1952 a été assez radicale. "A Santa Cruz, nous venons presque tous d'autres régions et, une minorité, d'autres pays, rappelle Silverio Marquez, recteur de l'université privée Domingo-Savio. Cette métropole a absorbé des migrants boliviens en nombre supérieur à l'Argentine, l'Espagne ou le Brésil."
La plupart des migrants en provenance de l'Altiplano andin et des vallées du centre du pays s'établissent à Villa no 1 de Mayo ou à Plan 3000. Cette dernière agglomération s'est formée en 1983, à la suite d'inondations. Aujourd'hui, elle regroupe 250 000 âmes. Fatiguée d'attendre l'asphalte, Plan 3000 veut former une municipalité séparée de Santa Cruz.
Un marché entoure la rotonde de Plan 3000. A l'heure du repas, les plats sont pleins, souvent du riz avec du poulet ou du porc. Les dirigeants des gremiales, les travailleurs autonomes ou informels, y disposent d'un minuscule local, encombré de coupes de tournois de football et d'un portrait d'Evo Morales. Julio Almendra et Roberto Luques ont essayé d'organiser un comité civique populaire pour contrer l'influence du comité dominé par les opposants. "Mais peu de gens sont prêts à s'engager", confient-ils.
Interrogés sur ce que le gouvernement Morales a apporté à leur communauté, ils commencent par la dignité acquise par ceux d'en bas, reçus aussi bien à la préfecture que dans les banques, "même si nous ne portons pas de cravate". Ensuite, ils citent le bon "Juancito Pinto" destiné aux écoliers et la rente attribuée aux personnes âgées. Enfin, l'emploi en hausse, même si de nombreux Boliviens préfèrent s'établir à leur compte.
Santa Cruz offre beaucoup d'opportunités, ils ne regrettent pas d'être venus : "Ici, nous sommes toujours en Bolivie, le climat tropical est agréable", ajoutent-ils. Pas plus à Plan 3000 qu'à Villa no 1 de Mayo, ils ne connaissent personne qui songe à solliciter un lopin de terre.
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