Le rôle des médias face au conflit armé au Niger

Est-ce que les Touaregs avaient un autre choix que de prendre les armes? Les Touaregs, identifiés actuellement comme le «groupe rebelle», ont lutté pour la Libye dans le conflit entre le Tchad et le Soudan, la plus part comme mercenaires. Après la guerre, que pouvaient-ils faire? Comment l’État pouvait-il les réintégrer dans la vie civile?
En janvier 2007, ils ont décidé de former le MNJ (Mouvement des Nigériens pour la Justice), ayant pour objectif de changer les misérables conditions de vie de la population du Niger qui se classe, [selon les critères de l’indice de développement humain des Nations Unies pour le Développement (PNUD)] en dernière position de l’ensemble des pays du monde. Le taux d’analphabétisme frappe 89% de la population et est encore plus élevé auprès des femmes.
Dans ce contexte, une grande partie des revendications touaregs ont été comprises par l’État nigérien comme étant excessives et inacceptables pour les Forces Armées, notamment concernant les postes dans la police et dans l’armée.
Le conflit, depuis février 2007, se détériore. D’une part, les Touaregs ne sont pas si forts militairement pour renverser le rapport de forces vis-à vis de l’État, et de l’autre, le gouvernement du président Mahamadou Tandja n’a aucun intérêt à reconnaître politiquement le groupe rebelle de Agadez, dans la région Nord du pays.
En 1999, le président élu a prêté serment, en jurant de la main droite sur le Coran, de «respecter et de faire respecter la constitution». Cependant, le droit à la liberté d’expression est loin d’être une réalité. Quatre journalistes restent encore en prison: Ibrahim Manzo Diallo, incarcéré à Agadez depuis le 9 octobre, sous l’accusation “d’association de malfaiteurs”; Moussa Kaka, directeur de la station privée de Radio Saraounia et correspondant de RFI, demeure en prison depuis le 20 septembre, inculpé de «complicité de complot contre l’Autorité de l’État». Le 17 décembre 2007, deux autres correspondants de la chaîne franco-allemande Arte, Thomas Dandois et Pierre Creisson ont subi le même sort que les autres journalistes, sous prétexte «d’atteinte à la sûreté de l’État».
Dans tous les cas, ils sont inculpés pour avoir eu des contacts avec les rebelles. Néanmoins, comment peuvent-ils rendre compte de la situation s’ils ne peuvent contacter les acteurs du conflit : les rebelles ou le gouvernement nigérien? Jusqu’à présent le gouvernement n’a fourni aucune preuve solide contre eux. D’ailleurs, dans le cas du Moussa Kaka les accusations sont basées sur des écoutes téléphoniques illégales.
Ainsi, les emprisonnements s’inscrivent dans un contexte politique de vastes restrictions aux libertés individuelles et de violation des droits de l’homme. Des exécutions extrajudiciaires, ont été reconnues par le gouvernement comme étant plutôt des «dommages collatéraux», des déplacements massifs des population en raison des combats, la découverte de fausses communes ainsi que plusieurs arrestations sans procès des journalistes.
La presse a le droit de protéger ses sources dans le but de satisfaire le droit du peuple à l’information. Néanmoins, dans le cadre du conflit actuel, l’information aussi devient une arme utilisée par le gouvernement.
La criminalisation croissante de l’activité journalistique par les autorités de l’État, constitue une atteinte à la liberté d’expression, puisque la seule source d’information demeure le site Internet de propagande du MNJ, dans lequel il n’y a aucun traitement journalistique sérieux. Pour cette raison, les journalistes ne peuvent pas peser le pour et le contre de l’information et apporter un traitement juste et équilibré sur le conflit. Malgré que il n’y a aucune interdiction écrite du gouvernement qui interdit aux journalistes de se rendre à Agadez.
Le grand péril pour la naissante démocratie nigérienne établie depuis 1992, est que le gouvernement utilise le conflit pour réprimer les différents courants progressistes de la société civile. Sous prétexte que la nation nigérienne est en danger, les voix dissidentes doivent être bâillonnées par l’autorité de l’État. L’idéologie de l’unité nationale ferme la possibilité d’établir un discours critique.
Pour conclure, un des enjeux de fond a été clairement exprimé par un des conférenciers dans la Conférence «Médias et conflit armé au Niger» qui a eu lieu le 28 et 29 décembre du 2007 à Niamey: «Il faut démocratiser l’armée ou armer la démocratie».

Auteur: Daniel Tounczyk.

Corrections et commentaires: Marianne Laurin et Xavier Leroux.